Rangoon

Petite intro birmane

Ceux qui disent que la Thaïlande est le pays du sourire n’ont probablement jamais mis les pieds en Birmanie.

Ici la distribution de sourires et de bonjours vous donnerait presque envie d’être méchant arrivé en fin de journée, tant il est finalement fatiguant de faire travailler ses zygomatiques toute la journée (et d’être gentil et poli).

Pendant les longs trajets en bus j’imaginais créer un appareil capable de me faire tenir les joues toutes seules dans une position de sourire, certes crispé, mais au moins reposant quand vous savez que vous allez passer la journée dehors à dire bonjour et à sourire à tous les birmans de chaque mètre carré.

J’en plaisante mais rien n’est plus agréable que d’être salués par tous les habitants, à coup de « Mingalaba » par ci, « Mingalaba » par là.

Les gens sont tellement polis, gentils, serviables, attentionnés « et obéissants » (lu dans un avis sur TripAdvisor, véridique !!! Sans commentaire…).
Un vrai modèle à suivre pour tous nos compatriotes français.

Et vas-y que je te tire ta chaise quand tu t’assois au restaurant, que je te montre le chemin de la station de bus alors que j’avais prévu de partir totalement à l’opposé, que je courre dans la rue pour te rattraper et te prêter mon parapluie, que je t’ouvre l’emballage de tes baguettes, que je te laisse squatter le canapé et le wifi de ma guesthouse alors qu’il est 21h et que tu as fais ton check-out depuis midi déjà.

L’apothéose : le refuge pour éléphants qui nous propose de « payer plus tard, quand vous rentrerez à votre hôtel, ne vous en faites pas, pas de soucis ! » alors qu’il s’agissait quand même de la modique somme de 200 $.

Bref, je pourrais vous écrire des chapitres entiers d’exemples d’amabilité poussée mais pourtant spontanée des habitants du Myanmar, mais j’ai d’autres choses à vous dire.

train Inle Kalaw

Rangoon, un départ chaotique

Notre départ pour Rangoon fut un véritable fiasco.

D’abord parce que nous avions décidé de changer nos plans (nous devions partir à Kuala Lumpur) une petite semaine avant la date prévue de notre avion, donc autant vous dire que l’organisation fut totalement merdique. Steven n’étant pas d’un naturel, comment dire… stressé, c’est deux jours avant notre vol que nous nous sommes décidés à nous occuper de nos visas (impossible normalement de les faire sur place, le pays n’étant pas un modèle de « libre circulation », pour vous écrire un bel euphémisme).

Évidemment il était samedi (nous n’en savions rien, vivants depuis 3 mois comme si nous étions perpétuellement mercredi) et évidemment, l’ambassade était fermée. Oui, fermée. Un truc en Asie fermé un week-end. Du jamais vu (vous vous doutez que la loi Macron n’est pas prête de voir le jour en Asie).
Nous voilà donc les bras ballants, passeports en mains, à se demander comment diable allions nous nous débrouiller pour avoir nos visas pour le surlendemain midi.

C’est sans compter la magie de l’Internet et surtout le site de la Birmanie qui fait des visas en ligne, pour la modique somme de 50 $(hé oui, admirer le sourire birman a un prix, vous croyiez quoi ?) et qui nous a permis d’en demander, avec mention URGENTE soulignée 14 fois en rouge, suppléments chatons qui pleurent,et vite vite svp messieurs les faiseurs de visas.

Et hop, envoyé ! On verra bien après-demain.Yolo.

Lundi matin, l’empereur, sa femme (sans le p’tit prince) partent à l’aéroport de Bangkok, le ventre noué, prendre leur vol : toujours pas de visas reçus par mail à l’horizon. Hé oui, en Birmanie aussi on ne travaille ni le samedi ni le dimanche quand on a Le Pouvouaaar !

Je vous passe les détails de notre attente interminable au comptoir pour expliquer que non, on n’a pas le petit papier imprimé avec notre validation de visa comme tous les autres, parce que regardez sur mon téléphone, nos visas sont toujours « on processing ».
Mais ça elle s’en fout la petite dame. Pas de visas, pas d’avion. Pas d’avion, pas de Birmanie (pas de Birmanie, pas de palais). Vous avez qu’à prendre un billet pour plus tard et payez un supplément. Bisous.

Bien décidés à attendre la dernière limite d’enregistrement des bagages, assis dans le hall de l’aéroport où il faisait tellement froid qu’on pouvait skier sur les escalators, nous voilà checkant nos mails (merci le wifi gratuit, je t’aime) souhaitant faire apparaître le visa béni et envoyant des mails désespérés au Myanmar, téléphonant, que dis-je, harcelant au téléphone des gens qui me raccrochaient au nez de stress en m’entendant parler anglais au bout du fil .

Mais non. Vous pensez bien que c’est uniquement dans le taxi de retour qu’on a reçu un doux message nous annonçant que tout était prêt, bon voyage !

Là c’est le moment du récit où vous vous dites haha bien fait pour eux ! Mais sachez que c’est très vilain de penser ça.

Nous avons donc été contraints de racheter deux billets d’avion pour le lendemain, de reprendre un hôtel à Bangkok et de perdre, en plus des billets initiaux, la chambre d’hôtel à Rangoon que nous avions réservée.
Allez, pas grave, on fait pousser des dollars dans notre sac à dos !

Rangoon

Rangoon, Yangon ? Birmanie, Myanmar ?

Enfin arrivés à Rangoon, autrement appelée Yangon dans la langue du pays, nous n’étions pas encore arrivés à bon port, oooooh non, malheureux !! Une longue file interminable nous amenant jusqu’à la douane attendait tous les passagers de l’aéroport.
Par chance, j’avais emporté dans mon bagage à mains l’encyclopédie en 30 volumes, probablement juste de quoi nous aider à patienter avant notre tour.

Un peu de culture maintenant, pour vous permettre de briller en société (ne me remerciez pas, plaisir d’offrir, bonheur de recevoir).

culture confiture

Capitale économique et la plus grande ville du Myanmar avec 4,5 millions d’habitants, elle n’est cependant pas la capitale politique puisque celle-ci a commencé a être déplacée en 2005 vers Naypyidaw, qui devient officiellement la nouvelle capitale en 2007 (voir le point 10 de mon article).

Située au bord du fleuve du même nom, elle appartenait aux Britanniques jusqu’en 1853 (d’où les multitudes de bâtiments colorés d’architecture anglaise) puis elle devint officiellement indépendante en 1948(entre ces deux dates ce qu’il s’est passé, je n’en sais strictement rien).

Les rues sont quadrillées comme à New York : 21e à côté de la 22e, à côté de la 23e rue, etc. Facile donc, de se repérer dans l’espace et de chercher son chemin.

☻ Alors Birmanie ou Myanmar ?

Hé bien le pays initialement appelé Birmanie a changé de nom en 1989 pour devenir Myanmar (ou plutôt « Union du Myanmar »). Ce changement découlant d’une décision dictatoriale des généraux en place, il n’est de ce fait pas reconnu par les forces politiques opposées (ce qui fait qu’en France on continue à utiliser la dénomination Birmanie).

Si ce pays est à ce jour encore une dictature(depuis 1962 elle a connu une série de dictateurs militaires), l’embargo datant des années 90 par les États-Unis et l’Union Européenne a cessé en avril et septembre 2012, ouvrant alors le pays au tourisme international.
La Birmanie est donc un pays nouvellement touristique, ce qui explique la très faible occidentalisation du pays (par exemple : on ne trouve presque que des cigarettes fabriquées localement, peu de vêtements de marques occidentales etc).

Rangoon

Où loger à Rangoon ?

Nous avons déposé nos valises le soir en arrivant en ville dans la guest house Chan Myae que je recommande les yeux fermés.

Déjà parce qu’on a été surclassés, la chambre avec salle de bain partagée que nous devions occuper étant déjà prise, ils nous ont mis dans une très grande chambre avec salle de bain privative pour le même prix (soit 18 € avec l’air conditionné et le petit déjeuner inclus, ce qui est certes cher mais les logements en Birmanie sont plus chers qu’ailleurs).
Et d’autre part parce que les gens sont très gentils, et qu’elle est bien située.

Cette guesthouse a aussi la particularité d’être assez immense, avec des escaliers menant à des endroits dont on se demande à quoi ils peuvent bien servir, et surtout, comme partout en Birmanie : d’être totalement surstaffée.

Explication :

Le surstaff en Birmanie

C’est-à-dire qu’au petit déjeuner, vous pouvez n’être que 2 à manger il y aura quand même 14 personnes qui seront là à débarrasser vos assiettes, à déambuler à droite à gauche, à attendre les bras ballants qu’il se passe quelque chose qui pourrait leur donner un minimum de travail.
Si vous avez de la peine pour eux, renversez votre assiette par terre, ils seront sans doute ravis de s’occuper quelques minutes à éponger les œufs brouillés étalés sur le sol.

Idem dans les restaurants ou partout ailleurs (hôtels, agences de vente de tickets, guichets de gare…) : une fois nous n’étions que Steven et moi dans un restaurant immense à manger une pauvre soupe, et il y avait autour de nous une dizaine d’employés qui ne… faisait rien. Ou alors qui nous tiraient les chaises ou nous servait de l’eau, dès qu’ils entrevoyaient une action qui aurait pu les occuper quelques secondes.

Mais comment tous ces gens là peuvent avoir un salaire tous les mois ?? Grande question dont nous n’avons malheureusement pas la réponse.

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Que faire à Rangoon ?

La ville ressemble à ça :

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RangoonOui, c’est pas franchement très beau… maiiiis ça a son charme

Petit point circulation

Je vous parlais ici de la circulation à Hanoï, en vous disant que c’était l’anarchie totale et qu’une fois qu’on avait compris que les piétons étaient soigneusement évités et par les voitures, et par les deux-roues, au milieu de ce chaos, il était finalement aisé de traverser.
Hé bien il faut savoir qu’à Rangon, personne n’en a cure que vous soyez un honnête piéton qui souhaite traverser. S’ils doivent vous écraser, ils le feront.
Bus, voitures, camions, peu importe, ils ont la priorité, et c’est à toi de courir en hurlant et en priant très fort que tu arrives à l’autre bout de la rue avant de te faire culbuter.

Ici les mots anarchie et chaos prennent vraiment leur sens. Hanoï à côté, c’est vraiment de la gnognotte, croyez-moi !

Tips : Traversez avec un local ! Il connait les bays, il sait à quel moment il aura la seconde salutaire pour s’élancer sur la route. Suivez-le, voire prenez-lui la main en pleurant.

Rangoon

☻ Que faire donc à Yangon :

Vous baladez dans les rues, dire bonjour et sourire 36 457 fois à tous les gens que vous croiserez et qui ne manqueront pas de vous répondre ; s’émerveiller des balcons surchargés de vêtements qui sèchent, de plantes, de bric-à-brac ; observer la vie des gens qui fabriquent leur Bétel à chiquer, leur tambouille à vendre ; manger des petits samosas dans la rue ; prendre un petit pousse-pousse pour donner quelques pièces à un Birman inactif ; flâner dans les différents marchés de nourriture ou de tissus, etc.

La Birmanie c’est très déroutant ! Vous allez aller de surprises en surprises, autant dans les codes vestimentaires qui sont totalement différents des autres pays que nous avons faits, que des habitudes de vie comme cette façon de cracher rouge partout tout le temps (allez lire cet article si vous ne savez pas de quoi je parle).

Vous verrez d’innombrables sourires francs et rieurs, mais aussi des regards curieux de personnes qui n’ont probablement jamais vu d’occidental de leur vie (et qui vous prennent en photo ou vous montrent à leurs copains).

Rangoon

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Allez visiter la Pagode Shwedagon :

Cette pagode (de shwe : or, et dagon : ancien nom de Rangoon) est le premier lieu saint de Birmanie car il contient, selon la légende, des reliques de quatre Bouddha, dont huit cheveux du Bouddha Gautama (ne me demandez pas qui c’est je n’en sais rien mais ça devait être un monsieur chauve avec un sarong. EDIT : Steven « mais je t’ai dit 100 fois que Gautama c’était le tout premier Bouddha ! Tu m’écoutes pas ! Enlève ça ! »).

À la pagode Shwedagon

Rangoon

Reposant sur une plateforme de marbre de 5,6 hectares(vous voyez que c’est grand !), elle est située sur une colline à laquelle on accède par une porte entourée de deux gigantesques lions(des chinthes). Le site ne contient d’ailleurs pas moins de 72 autres pagodes et lieux de prières.

Rangoon

Rangoon

La pagode principale, en plus d’être immense (98 mètres) a aussi la particularité assez exceptionnelle d’être constituée de briques recouvertes de plaques d’or massif et d’avoir à sa pointe des milliers de clochettes d’or et d’argentet une girouette sertie de pierres précieuses(rien que ça). Elle se termine par une petite sphère, le seinbu, incrustée de milliers de diamants et d’une émeraude de 76 carats.

De quoi réduire une bonne partie de la pauvreté dans le pays (just sayin’).

À la pagode Shwedagon

Rangoon

Je vous conseille d’y aller en fin d’après-midi lorsqu’il fait encore jour et d’attendre le coucher de soleil pour voir les moines monter le long de la pagode centrale pour y allumer les lampes.
Vous verrez progressivement le noir se faire et toutes les lumières du site s’allumer, ce qui est vraiment très joli et poétique.

À la pagode ShwedagonÀ la pagode ShwedagonÀ la pagode Shwedagon
Les étapes du coucher de soleil, sous vos yeux ébahis

À la pagode Shwedagon

Rangoon

 

Où manger à Rangoon ?

Ne nous le cachons pas, la gastronomie birmane est globalement mauvaise.

Des espèces de petits plats en sauce (purée de pois fadasse, feuilles de bambou en sauce trop acides, trucs non identifiés au piment, etc) servis dans plusieurs petits bols avec du riz et de la viande en sauce, elle aussi dans un bol.
Voilà, en gros. Next.

D’ailleurs, les birmans eux-mêmes l’ont bien compris visiblement puisqu’on mange beaucoup plus de cuisine thaï, népalaise ou indienne que de cuisine du coin.
Et ça pour le coup c’est bon : chapatee(sorte de galette de pain dans laquelle on fourre des machins choses au curry, désolée mes connaissances gustatives lorsque c’est noyé dans le curry s’arrêtent à « machin chose » et ‘truc »), samosas, divers curry, des noodle soup…

 ☻ Les fruits en Birmanie sont un dé-li-ce !
Je ne sais pas s’il y a un micro-climat propice à la culture des fruits, mais en tout cas que ce soit les mangues, les ananas, les bananes ou les pastèques, ils sont tous fabuleux ! Sucrés, goûtus.. un régal !
C’est d’ailleurs dans un petit resto à Rangoon que j’ai mangé la meilleure mangue du monde(je ne me souviens plus du nom, mais il devait être dans un des guides car il y avait pas mal d’occidentaux dedans).

Par contre vous aurez extrêmement de mal à trouver des fruits-shakes dans les restaurants ou dans des petits stands de street-food, apparemment ils n’ont pas compris l’intérêt puisque pratiquement personne n’en vend (mystère qui m’a travaillée pendant tout notre séjour dans le pays).

Rangoon

Pour résumer :

  • Rangoon c’est moche, mais c’est très animé, anarchique et chaotique, et cela lui confère un vrai charme. C’est surtout la première étape en Birmanie, et donc le début d’un dépaysement total et instantané.
  • Ne mangez pas de cuisine Birmane. Enfin si, allez-y, essayez, ensuite vous m’écrirez un commentaire sur cet article pour me dire que j’avais raison 😉
  • La ville est très pauvre, les gens globalement sont très pauvres dans toute la Birmanie. Ne soyez donc pas trop surpris ni trop tourmentés, il faudra vous habituer de toute façon.
  • Achetez une carte sim locale si vous souhaitez rester un peu de temps et pouvoir réserver des hôtels ou juste donner des nouvelles à vos proches : la connexion wifi dans le pays est catastrophique (on vous expliquera plus tard dans l’article sur Inle), on dirait du 56 k.
  • Ne partez pas sans avoir été voir la Pagode Shwedagon, de jour et aussi de nuit, car l’atmosphère est très différente.

 

BONJOUR / MERCI (en phonétique)

Bonjour : Mingalaba
Merci : Tchissou pé
Merci beaucoup (ou plus poliment) : Tchissou Témbalé

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