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Mr Vieng plantation

Pendant notre road trip sur le Plateau des Bolovens, nous nous sommes arrêtés à Katu Homestay, à 60 km de Pacsé, pour visiter la plantation biologique de café de Mr Vieng. La région des Bolovens étant réputée pour y avoir le meilleur café du monde.

Mr Vieng est petit et rieur. Timide, oui, mais passées les premières minutes où l’on fait connaissance sans mot dire, il devient rapidement volubile.
Même si cette exploitation existe depuis 25 ans, il ne l’a repris que depuis 3 ans, et a diversifié sa production puisqu’il y fait aussi pousser des cacahuètes et du manioc (et qu’il a aussi construit une guesthouse).

Voici pour vous chers lecteurs, une petite dose de culture sur le café !

Mr Vieng plantation

Le café est une graine qui pousse sur un petit arbre, le caféier. Bon, jusque là, je ne vous apprends rien.
Comme le caféier a besoin d’ombre, d’autres arbres sont plantés au milieu des plants de caféier (en général moitié-moitié), comme par exemple ici des bananiers, des arbres à jaquier et à kapok.

Comment ça pousse ?

L’arbre, grâce à de fortes pluies, produit une fleur ressemblant à celle du jasmin. Sans pluie, pas de fleur, pas de fleur, pas de café !
Cette fleur donnera des sortes de fruits verts, qui deviendront ensuite rouges (on les appelle les cerises). C’est lorsque ces fruits sont rouges qu’il faut se dépêcher de les cueillir avant qu’ils ne noircissent, ce qui se fait généralement en quelques petits jours.

On fait une récolte par an, de novembre à avril, ce qui lui donne à peu près 600 à 700 kilos de café chaque année. Récolte manuelle, bien sûr 🙂
Une fois avril passé, en attendant la fin de l’année pour la récolte, il s’occupe de faire pousser des cacahuètes, des bananes et du manioc qu’il vend ensuite.

Mr Vieng possède deux types de caféier : le Robusta et le Libérica.
L’Arabica (dont la graine met deux ans à sortir), qui pousse aussi sur le plateau des Bolovens, nécessite une altitude plus importante, au moins 800m, c’est pourquoi il n’en fait pas pousser chez lui. Il achète par contre les graines chez des producteurs plus haut dans la montagne qu’il fait torréfier chez lui.
Les graines de Libérica (dont l’arbre vit pendant 6 ans) nécessitent plus de temps pour être cueillies car les feuilles de ce caféier sont plus fournies, mais il se vend pourtant moins cher car il est peu apprécié, son goût étant assez prononcé.

On ne mélange pas les plants entre eux, le Robusta d’un côté, le Libérica de l’autre.

Mr Vieng plantation

les graines vertes

De la graine au café

Passer du fruit rouge au grain de café que nous connaissons tous nécessite un long process.
Le fruit rouge de café possède trois peaux.
La première peau enlevée, qui laisse apparaître une graine toute blanche (une sorte de fruit en fait) la graine est alors lavée puis trempée dans l’eau : si elle coule, on la garde, si elle flotte, hop, poubelle !
Pourquoi ? Parce que la graine qui flotte contient de l’air, et donc cela signifie qu’elle est percée, probablement par des insectes.

Deuxième étape, faire sécher la graine. Cette étape dure 10 jours maximum, pendant lesquels la graine est posée sur un support en bois pour éviter qu’elle ne traine par terre (ce qui n’est pas le cas de toutes les fermes, précise Mr Vieng, parfois on les fait sécher à même le sol).

Mr Vieng

Les graines de café sont séchées sur cette grande palette

On enlève ensuite la deuxième peau, pour faire apparaître un petit grain de café tout blanc, et l’on trie une nouvelle fois les graines pour vérifier si des insectes se sont faufilés à l’intérieur. Si c’est le cas, re poubelle !

Mr Vieng plantation
La graine noircie avec ses trois peaux à droite ; délestée de ses deux premières peaux à gauche

Troisième étape : enlever la dernière couche de peau (on a alors un tout petit grain grisâtre) et faire griller la graine de café dans le feu (pas directement, il faut que ce soit la chaleur qui cuise le grain, pas le feu), pendant 20 à 30 minutes, étape indispensable pour que la graine devienne un vrai grain de café. C’est ce que l’on appelle la torréfaction.
L’action de la chaleur fait grossir le grain et le noircit.

Le temps de « cuisson » déterminera la force du café, light, medium ou strong.

Mr Vieng plantation

Toutes les étapes de la graine au grain de café, de gauche à droite

Des mâles et des femelles

Deux types de plants existent : les mâles et les femelles. Reconnaissables parce que le grain femelle contient deux fruits dans sa cosse (lorsqu’on enlève la première peau rouge, cela laisse apparaître deux fruits blancs) alors que le mâle n’en a qu’un seul.
Les deux seins de la femme, sans doute 😉
Les plants femelles seraient meilleurs que les mâles car plus aromatiques, même si les deux types sont utilisés dans la confection du café.

Mr Vieng

les fruits noircis

Une agriculture biologique

Comme la culture de Mr Vieng est « organique », pas de produits chimiques pour enlever les petites bêtes, alors il faut dégager toutes les herbes qui poussent autour de chaque plants, sinon cela attire les insectes.

Les feuilles des plants de Mr Vieng sont d’ailleurs recouverts de grosses fourmis rousses qu’il laisse vivre leur vie puisqu’elles ne s’attaquent qu’aux feuilles et pas aux fruits. D’ailleurs elles se mangent ! Un petit goût citronné…
« C’est un cadeau de Dieu, ces fourmis, nous confie Mr Vieng, quand on a faim elles nous nourrissent, quand on veut se protéger des insectes on peut les frotter sur notre peau ; elles sont même efficaces contre les troubles intestinaux ! »

À part les insectes, peu de prédateurs s’attaquent au caféier, ce qui n’est pas le cas des plants de cacahuète, constamment déterrés par les cochons…! « On est obligé de planquer nos plants…. », avoue Mr Vieng.

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Un peu de Mr Hook…

Nous avons rencontré « Captain Hook«  le deuxième jour de notre périple sur le plateau des Bolovens.
Il tient une plantation de café et une guest house dans son village d’une minorité ethnique (dont j’ai oublié le nom…), et propose des visites guidées pour 15 000 kips par personne, pendant lesquelles il nous parle de sa plantation mais aussi des plantes médicinales, et de la religion animiste de son village, avec son lot de gourou, de chaman et de magies…

Voici un peu plus sur cet étrange personnage, froid et mystérieux, parlant un très bon anglais et bourré de culture.

Captain Hook

Captain Hook en train de moudre ses grains de café

Un village animiste

Tout le village est de religion animiste, c’est à dire qu’ils croient en une force vitale, bonne ou mauvaise, qui habite chaque être vivant, mais aussi chaque objet ainsi que les éléments naturels (tels que l’eau, l’air…).

Chacune de leur décision doit être prise en présence du gourou ou du chaman du village qui invoque les esprits les soirs de pleine lune pour en tirer une réponse.

Ils ont même une forêt où vivent les esprits, et dans laquelle personne n’a le droit de pénétrer (il y a quand même mis un demi-pas afin de nous apporter une longue feuille avec laquelle il a fabriqué une arme…).

Captain Hook

Dans son village, la majorité des habitants ne savent ni lire ni écrire, ni même parler Lao. Ils communiquent avec le dialecte propre à leur village.
Mr Hook (son vrai nom de famille), lui, parle un très bon anglais, avec un vocabulaire très riche.

Comment est-ce possible ?

Il nous explique qu’à huit ans environ (il est difficile pour lui de dater les événements de sa vie car il ne connait pas sa date de naissance et donc son âge, à trois ans près), ses parents lui ont choisi une femme pour se marier comme c’est la coutume dans son village, mais il a refusé, préférant aller à l’école.

À 13 ans, rebelote, nouvelle femme, nouveau refus, et Mr Hook part étudier dans le village de sa maîtresse d’école puis à Bangkok jusqu’à l’âge de 21 ans où il retourne dans son village natal.
Ses parents lui soumettent alors un ultimatum : soit il doit se marier avec la femme qu’ils auront une troisième fois choisie, soit il sera renié du village.
Mr Hook a cédé.

Désormais, il habite dans sa maison avec sa femme et son enfant, qu’il a appelé Pan (comme Peter Pan).

Polygamie et sexualité

Dans le village de Hook, les hommes peuvent avoir autant de femmes qu’ils le souhaitent. La première est choisie par leurs parents, la ou les suivantes par eux-mêmes.
Ce qui donnent parfois une belle collection, comme 6 femmes par homme, et donc de très grandes famille, car chaque membre de la même famille doit habiter ensemble.
La plus grande famille du village compte d’ailleurs 60 membres, qui vivent donc tous ensemble dans une maison pas si grande que ça…

Les femmes, que dis-je, les filles, peuvent se marier dès l’âge de 8 ans. Un homme du village, qui a 20 ans, est d’ailleurs marié avec une petite de 8 ans...

Un nom pour le bébé

Lorsqu’une femme enceinte arrive au terme de sa grossesse, elle doit se rendre dans la forêt sacrée du village avec sa mère pour y accoucher.
Quelques semaines après l’accouchement elle est en droit de revenir au village rencontrer le gourou qui organise pour l’occasion une cérémonie pendant laquelle il demande à la mère si elle estime que son bébé est bon ou mauvais. Si selon elle c’est un « mauvais bébé », alors celui-ci sera abandonné en dehors du village.

Après ça, chaque jour la mère ou les grands-parents du bébé devront raconter leurs rêves au gourou. Tant qu’il estimera que le rêve de la nuit n’est pas bon, le bébé n’aura pas de nom.
Le jour où le rêve raconté plaira au gourou, il le retranscrira sous forme d’un prénom qui sera alors celui de l’enfant.

Ce qui fait qu’un enfant peut passer parfois 4 ans sans avoir de prénom…

La médecine traditionnelle

Ici, personne ne va chez le médecin et personne ne consulte de spécialiste. La médecine est uniquement pratiquée avec les plantes qui poussent aux alentours du village et chacune d’elle a son efficacité propre : vers, vomissements, brûlures, diarrhée, etc.

Captain Hook nous montre les plantes et leurs propriétés, et bien évidemment nous ne retenons rien car elles se ressemblent toutes.

Là, une tige qui produit une sève avec laquelle on peut faire des bulles de savon, là une feuille avec laquelle on produit des fibres incassables pour coudre des vêtements, là une pousse qu’on appelle « la romantique », avec laquelle on peut faire de la musique en soufflant dedans, pour appeler sa belle dans la nuit… La flore est riche !

La magie blanche et noire

Le gourou et le chaman du village (chacun a un rôle bien précis) pratiquent deux sortes de magie : la blanche, pour attirer le bien ; et la noire, pour jeter le mal sur quelqu’un. Nous n’en saurons pas plus sur ces pratiques, Mr Hook n’ayant pas envie d’aborder ce sujet très sensible avec des étrangers…

Par contre, ce que nous apprendrons en nous promenant dans le village en sa compagnie est que le chien est ici un véritable bouc émissaire : lors de cérémonies, on attache un chien sur la place centrale du village, là où sont organisées toutes les cérémonies, et chaque membre du village a son tour frappe le chien avec le pied pour se décharger de leurs mauvais esprits et les transmettre à l’animal.
Et ce jusqu’à la mort de la petite bête qui est alors jetée en dehors du village.

Autant dire que d’entendre ça nous a retourné le bide…

Le rebelle du village

Si les règles vu village sont très strictes, il y en a une pourtant loin d’être singulière qu’on retrouve chez Mr Hook : la virginité des deux mariés avant leur union.
Ce qui n’était pas le cas de Mr Hook lors de son retour au village, ce qui n’a pas échappé aux esprits et au gourou qui a alors convoqué tous les hommes célibataires pour découvrir qu’elle était le coupable de cette opprobre, puisque personne ne voulait se déconcer : chacun des hommes devaient planter un couteau dans un sac de riz.
Si le couteau restait droit c’est qu’il était fautif.

Ce fut le cas pour Mr Hook, qui continua à nier.

Hook fut alors une deuxième fois convoqué par le gourou, cette fois-ci avec son père. Mélangeant du sang de poulet fraîchement égorgé avec de l’eau sale, il a alors ordonné au jeune homme de boire cette mixture. S’il était coupable, il mourrait dans trois jours, sinon, tout irait bien inch’allah.
Prenant peur, le père de Hook a décidé de payer la survie de son fils en payant aux membres du villages plusieurs cochons, poulets et autres animaux.

Suite à ça et depuis le décès de son papa (dont il a été tenu pour responsable, à cause des mauvais esprits pesant sur lui…), Mr Hook n’a plus le droit d’aller visiter les maisons des autres membres du villages, ni d’en sortir seul…

Plateau des Bolovens

chez Mr Hook

café

 

 

 

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