Voici un aperçu du refuge pour éléphants Green Hill Valley, situé à côté de Kalaw en Birmanie, où nous avons passé une journée lors de notre séjour dans le pays.

Green Hill Valley

Pour l’amour des éléphants

Attendez un peu que je vous parle de Green Hill Valley, refuge fondé en 2011 par une famille (Htun et sa femme Maw) ayant travaillé avec des éléphants pour la MTE (Myanmar Timber Enterprise, une firme gouvernementale).

Plus qu’un refuge d’ailleurs, plutôt un sanctuaire, le but premier de GHV est bien sûr de prendre soin et de recueillir les éléphants qui ne sont plus capables de travailler pour le pays. Ils arrivent au centre dans des états de fatigue et de précarité parfois importants et trouvent ici le moyen de commencer une deuxième vie faite de quantité phénoménale de nourriture, de bains moussants dans la rivière et surtout : de repos.

Le deuxième point est ensuite de pouvoir informer et sensibiliser les locaux et les étrangers à la cause éléphante, mise à mal par trop peu de transparence sur le quotidien de ces animaux à la fois lorsqu’ils travaillent à la MTE que dans les centres à touristes qui foisonnent en Asie, surtout en Thaïlande (j’en reparlerai plus bas).

Enfin, ils s’inscrivent dans une démarche de respect de la nature et de l’écosystème, ainsi que de reforestation du pays puisque nous sommes invités à planter un arbre dans le domaine pour les générations futures.

Depuis 2012, le centre accueille dans son centre un vétérinaire qui s’occupe quotidiennement des pensionnaires à quatre pattes.

Green Hill Valley

Un immense domaine

Depuis Luang Prabang et ma première rencontre avec des éléphants (voir cet article), je n’attendais qu’une chose, c’était de pouvoir renouveler cette magnifique expérience et avoir l’opportunité de passer plusieurs heures en leur compagnie.

Nous avions dans l’idée initialement de faire une semaine de volontariat dans un refuge pour éléphants, Ganesha Park, situé en Thaïlande vers Bangkok et tenu par un français.
Mais finalement l’idée de passer autant de temps là-bas n’étant plus trop au goût de Steven, nous avons changé nos plans et décidé de ne faire seulement qu’une journée.
Ce refuge là nous paraissait vraiment super, au vu des avis glanés sur Trip Advisor et du contenu de leur site internet, témoignant de leur respect envers les éléphants.

Lorsque nous sommes arrivés vers 9h, après avoir booké notre journée par mail depuis quelques jours, nous avons été accueillis comme des rois par le staff constitué par, à mon avis, pas moins d’une vingtaine de personnes (comme d’hab’…!).
Sourires, verres de soda, petites serviettes fraiches & humides pour éponger nos gouttes de sueur inexistantes puisque arrivants d’un taxi climatisé à outrance.

Assis à l’accueil, notre verre à la main, nous avons fait la connaissance des deux fondateurs de GHV ainsi que d’autres personnes dont j’ai oublié la fonction précise mais qui nous ont expliqué en anglais le fonctionnement du camp, le programme de la journée et l’histoire des éléphants du camp.

Ceux-ci sont au nombre de 7. Parmi eux, un « bébé » de 3 ans (je crois) et une doyenne de 67 ans.
Ils vivent en liberté totale dans l’immense domaine, avec sa forêt et sa rivière, de 15h30 jusqu’à 9h du matin, heure à laquelle les mahouts (les « maîtres » des éléphants) les appellent pour les ramener sous le chapiteau où ils passeront le reste de la journée avec les touristes en attendant 15h30.

Green Hill Valley

Notre petit groupe de 4 constitués (nous étions avec un couple d’espagnols rigolos et sympathiques), nous sommes partis, chapeaux de paille vissés sur la tête, avec notre guide en direction du chapiteau où nous attendaient 5 éléphants affamés prêts à avaler les rations astronomiques de nourritures données chaque jour.

Green Hill Valley

Attachés, oui !

Les éléphants étaient attachés à des poteaux avec des cordes lâches (pas des chaînes). Une petite précision parce que je dois venir vos interrogations : OUI, on attache les éléphants ! NON, ce n’est pas de la maltraitance !

Imaginez un animal de 2 mètres 50 et pesant 3 tonnes en liberté totale au milieu des touristes, à côté de paniers remplis de bouffe. Vous vous doutez bien que d’une part ils se jetteraient sur les mangues et les morceaux de cannes à sucre sans demander leur reste, et que d’autre part le facteur de danger pour les touristes seraient bien trop important, ses animaux ne maitrisant évidemment pas leurs gestes comme des petits chats graciles.

Je prends un exemple : vous attachez bien votre chien en laisse non ? Est-ce-que cela signifie que vous ne l’aimez pas ?
Non, vous voulez simplement qu’il reste là et non pas qu’il aille vagabonder à droite à gauche.
Hé bien c’est la même chose pour les éléphants.

Les éléphants de Green Hill Valley restent donc attachés avec leurs cordes sous le chapiteau (parfois non si leur mahout est juste à côté pour les surveiller) pour que les touristes puissent les nourrir, les approcher et les caresser, de 9h jusqu’à 15h30 (soit 6h30), en passant par l’heure du bain, puis sont libérés et partent vivre le reste de la journée comme bon leur semble dans l’immense forêt jusqu’au lendemain.

Il y a pire comme retraite, vous ne trouvez pas ?

Green Hill Valley

« J’ai faim… j’avalerai… tout un éléphant ! »

Arrivés avec nos deux espagnols sous le chapiteau, nous avons fait la connaissance des éléphants, leur age et leur caractère, mais aussi leurs désagréments physiques suite à leur vie de labeur à la MTE : « celle-ci a une cataracte, elle est presque aveugle. Celle-ci a une hernie suite à une bagarre avec un éléphant quand elle était plus jeune et qui n’a pas été soignée à l’époque. Celle-ci s’est fait mal à la trompe dernièrement, attention de ne pas la toucher ici ! »

Nous apprenons à dire « HAAAAHAAAA » en leur tendant un morceau de citrouille, mot magique qui leur fait ouvrir grand la bouche pour que nous puissions y déposer notre morceau de nourriture directement sur leur langue et écrasé par leurs immenses molaires.

Green Hill Valley

Green Hill Valley

Nous restons là une bonne heure, à rigoler devant le bébé éléphant qui vole la nourriture directement dans la bouche de sa tante à côté de lui, à donner une quantité astronomique de citrouilles, de cannes à sucre et de boules glucidiques aux bouches affamées (tandis que les 2 autres éléphants absents étaient probablement en sous-nutrition !).

On fait des feintes en cachant les morceaux derrière nous pour voir s’ils les trouvent, on joue avec leur trompe, on caresse leur peau drue qui nous parait si épaisse (et pourtant selon le guide elle ne fait que 3 cm d’épaisseur ! Ils sont donc très sensibles aux caresses).

Green Hill Valley

Un véritable Spa

Après ça nous partons en direction de la rivière, après avoir enfilé le pantalon-jupe local (pas le longyi) et des tongs prêtés par le camp : c’est l’heure du bain pour un des éléphants !

Son mahout assis tout en haut de son dos, nous suivons notre guide vers la petite rivière peu profonde pour aller laver notre éléphant grâce à l’écorce d’un arbre (l’acacia je crois) qui une fois mouillé, produit une mousse (qui mousse terriblement !) odorante permettant de gratter le dos du pachyderme (c’est pour pas écrire « éléphant » tout le temps).

Étant seulement par petits groupes, nous avons le loisir de passer chacun notre tour pendant que les autres essaient tant bien que mal de nous photographier (j’aurais dû expliquer le fonctionnement de mon appareil photo aux espagnols….).

Green Hill Valley

Green Hill Valley

Notre guide nous explique que le bain, même si c’est un de leur moment préféré, ne peut pas excéder 20 minutes sinon ils commencent à souffrir des pattes, étant allongés dessus pour s’accroupir dans l’eau.

Nous grimpons quand même chacun à notre tour sur le dos de l’éléphant pour sentir cette curieuse sensation. Et même s’il n’est pas debout c’est quand même très impressionnant.

Avec l’écorce de l’acacia nous grattons, frottons notre éléphant comme s’il s’agissait de lui faire un peeling. Avec toutes ces mains sur lui, je peux vous dire qu’il avait l’air plutôt heureux ! Ne manquait plus que la petite musique douce de bambous et l’univers du Spa était là !

Green Hill Valley

Un vétérinaire consciencieux

Le bain terminé, nous partons nous changer et nous sécher puis direction le cabinet du vétérinaire pour rencontrer Ba, l’oncle de la fondatrice du camps et qui a longtemps travaillé à la MTE.

Avec son anglais et son accent approximatif, il est quelque peu difficile de tout comprendre et de s’accrocher à ce qu’il nous raconte, dommage car il semble érudit et intéressant.

Avec sa carte représentant l’anatomie de l’éléphant peint sur une toile à la manière d’une carte d’école, il nous apprend le squelette et les particularités physiques du bestiau, nous explique son métier et ses compte-rendus quotidiens sur l’état de ses petits protégés.

Green Hill Valley

Tout est concilié dans des carnets, un par éléphant, où un bilan quotidien est réalisé en anglais pour avoir un suivi de leur état de santé, de leur humeur et de leur alimentation.

Green Hill Valley

Green Hill Valley

Ba nous explique aussi les vertus médicinales des plantes et nous montre tout un tas de branches, de cailloux et de feuilles dans une vitrine pour illustrer ses propos.
D’autres placards contiennent des médicaments dont la plupart viennent des États-Unis et de Chine. Ailleurs, des ustensiles de menue chirurgie. Pour les grosses opérations, les éléphants sont envoyés dans une clinique spéciale, par camion.

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La reforestation

Une fois l’étape médicale terminée nous nous rendons, marchant au milieu des arbres et des plantes du domaine jusqu’au site de re-plantation.
Chacun son petit arbrisseau à la main, nous plantons dans la terre noire notre petite pousse pour les générations futures.

Cette étape, pourtant pour moi pleine de poésie a été un peu expédiée et j’en ressors un peu déçue. Mais il faut dire qu’il commençait à pleuvoir et que nous avions nos chaussures trempées et pleine de terre mouillée, ce qui explique peut-être la rapidité du moment…

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La graille, ENFIN !

Après une petite demi-heure de nouveau passée avec les deux éléphants que nous n’avions pas vus ce matin, l’heure de se poser manger arrive enfin, heureusement parce que j’avais une faim de loup !

Les tables sont déjà mises et nous nous installons sur deux tables de deux, en essayant de nous mettre face à face avec nos deux camarades espagnols, le staff n’ayant pas eu la jugeote de nous installer sur la même table.

Les boissons étant visiblement compris dans le tarif, nous commandons deux bières tandis que les plats (indiens, pas birmans, qu’est-ce-que je vous disais ? Héhé) arrivent sur la table : samosas, chapatees et sa garniture, curry de poulet puis bananes grillées au miel en dessert.
Tout est vraiment exquis et nous n’hésitons pas à demander un rab de chapatees.

Re-pus !

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Encore, encore !

Nous restant une petite heure avant le départ des éléphants, nous retournons les voir au chapiteau, en compagnie des autres groupes de touristes venus eux aussi pour la journée.

Encore et toujours affamés, ils réclament sans discontinuer.

Green Hill Valley

Les mahouts sont là, nous permettant d’assister à des petites scènes de tendresse mutuelle et de jeux.

Nous apprenons d’ailleurs que les éléphants connaissent une vingtaine de mots différents de leurs mahouts.

L’une des éléphantes, d’ailleurs, n’est pas attachée et malgré les remontrances pas très autoritaires de son mahout, s’amuse à avancer petit à petit vers les paniers de nourriture, reculant de quelques pas à chaque « Tchu tchu ! », puis ré avançant de nouveau dès qu’il détourne le regard pour jouer à la balle avec ses autres collègues birmans.

Cette petite scène amuse beaucoup la galerie et c’est avec un pincement au cœur que nous assistons au départ des 7 protégés, leurs mahouts sur le dos, en direction de la forêt.

Green Hill Valley

Green Hill Valley

 

Un peu plus de précisions sur les éléphants du MTE

Les éléphants de GHV sont pour la plupart des « retraités » de la MTE (ils ont en quelques uns qui sont d’origine « privée »).
Pour les reconnaître c’est simple puisque lorsqu’ils rejoignent la firme on les marque sur les fesses avec un étoile et un numéro comme sur la photo ci-dessous.

Green Hill Valley

Lorsqu’un éléphant quitte le gouvernement pour rejoindre le refuge, son mahout le quitte lui aussi pour l’accompagner puisqu’alors l’éléphant n’appartient plus au gouvernement mais désormais à son mahout (de toute façon l’éléphant ne répond qu’à lui).

Le travail des éléphants se fait essentiellement dans les forêts où les hommes coupent le bois qui sera ensuite trainé (puis brûlé pour faire du charbon) par l’éléphant dans des terrains extrêmement accidentés où des machines ne pourraient pas évoluer (comme au camp du Taungoo : voir cet article et celui-ci si vous voulez en savoir plus).

Green Hill Valley

 

De la nécessité, de l’obligation, d’aller dans un refuge « safe » pour éléphants

Loin de moi l’idée d’être moralisatrice (mais en fait, si), par pitié, n’allez pas dans n’importe quel centre pour éléphants si vous souhaitez faire cette expérience.

En Thaïlande vous en verrez des tas, surtout à Chiang Mai où il y en a un million de différents, qui vous proposent des balades à dos d’éléphants et toutes sortes de choses qui paraissent supers sur le papier mais où la réalité est différente.

Un éléphant n’est pas une bête de foire, il n’est pas né pour divertir l’homme en lui servant de chaise pour se balader à 14 dessus sous le cagnard pendant 2h. Non, désolée.
Exit donc, les camps qui proposent des balades avec des chaises en bois accrochées sur l’éléphant avec des chaines et des cordages.

Exit aussi les camps qui utilisent des pointes et des crochets pour « piquer » l’éléphant pour qu’il obéisse. Ça me parait tellement ÉVIDENT, je ne comprends pas comment des gens peuvent payer pour ça.

Exit ceux où les éléphants sont attachés toute la journée avec des chaînes aux pattes pour que le touriste s’amuse avec lui, et qui dormira sans doute enchainé au même endroit. C’est de la torture, point barre. Et vous êtes des gens civilisés, que des millénaires de barbarie ont rendu pacifistes et sensibles.

Je ne vais pas vous raconter les conditions de vie des éléphants dans ces camps, les souffrances qu’ils endurent pour pouvoir devenir dociles, les tortures pour les briser et les casser pour qu’ils deviennent serviles et n’aient jamais envie de se rebeller.

Cherchez sur le net, on vous montrera, on vous expliquera, et vous aurez juste envie de hurler.

Renseignez-vous avant de faire ce type de tourisme : regardez sur internet le site du camp en question, les avis que vous trouverez, toutes ces choses qui détermineront si oui ou non ce refuge en est bien un. Parfois certains aiment s’auto-surnommer « refuge » ou « sanctuaire » alors qu’ils ne le sont absolument pas.

Sachez qu’il y en a peu qui prennent vraiment à cœur le bien-être des éléphants, que ces camps sont chers mais que vous payez pour une « bonne » cause.

Green Hill Valley : leur site web
Prix : 100 $ par personne (soit 88 €) pour la journée, de 9h à 15h30

 Green Hill Valley

Et pour terminer, une petite vidéo de notre passage au Green Hill Valley

 

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8 Comments

  1. merci de tout coeur pour votre article que j’ai adoré, un de mes rêves est d’aller en Thaïlande pour approcher les éléphants mais dans des conditions humaines, sans cautionner leur torture mais en leur accordant le respect qu’ils méritent, merci donc de votre aide.

    • Avec plaisir 🙂 c’est tout ce qu’on espère, que les gens arrêtent de participer à ces attractions touristiques qu’on trouve notamment partout en Thaïlande, et où on se balade sur le dos des éléphants des heures durant. Malheureusement le sort des animaux en Asie est assez difficile et je pense que c’est notre devoir en tant que touristes que de ne pas contribuer à la propagation de ce type d’attractions.
      En Thaïlande tu trouveras des centres « safe » pour eux, qui sont certes plus chers, mais tu te sentiras bien de leur donner des sous à eux ! Si tu veux je te donnerai les noms de ceux que nous avions repérés 🙂

  2. Maurine P.

    Bonjour, merci pour ce super article!
    Avec mon copain nous partons 3 semaines en Birmanie cet été. Son anniversaire tombe durant notre séjour, du coup je voulais lui offrir une journée au Green Hill Valley. Il a toujours rêvé de pouvoir approcher des éléphants, mais bien sûr, dans un endroit où ces animaux sont respectés et bien traités. Je pense que ce refuge est parfait!
    Pouvez-vous m’indiquer comment se déroule les réservations ? Sur quel site etc.
    Merci par avance!
    Bonne journée! 🙂

    • Coucou Maurine !
      Ah génial !! Vous allez adorer la Birmanie, c’est un de nos coups de coeur !
      Et pour les éléphants, tu as mille fois raison de choisir un endroit « safe », celui-ci est d’ailleurs top !
      Pour réserver, tu peux leur envoyer un mail sur leur site web :https://www.ghvelephant.com/
      Tu leur dis le jour et ce que tu aimerais faire car je crois qu’il y a plusieurs options disponibles dans mon souvenir.
      On attends ton retour avec impatience en tout cas 🙂

  3. Alicia

    Bonjour j’aimerais savoir comment avez vous réservez un séjour pour cette superbe expérience ? J’aimerais y aller car je porte énormément d’importance aux éléphants ! Et cela me tiens à cœur !

    • Hello Alicia ! Nous sommes passés par le formulaire de contact de leur site internet 🙂 Tu peux réserver par ce biais là ta journée là-bas.
      En tout cas je te conseille vivement ce refuge !

  4. Audrey

    Bonjour,

    Savez vous s’il y a des sanctuaires où il est possible de faire du volontariat avec les éléphants ?

    • Bonjour !
      En Birmanie, de vraiment « safe » nous n’avons trouvé que celui-ci, mais je ne sais pas s’ils proposent du bénévolat par contre. Sinon en Thaïlande tu en as plusieurs qui sont tout aussi « safe » et pour lesquels tu peux faire du volontariat (notamment ganesha Park, tenu par un français)

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