Trois jours dans la ville de Nyaung Shwe nous ont permis de partir en excursion une journée sur le lac Inle à la découverte des villages flottants et de divers ateliers de fabrication artisanale.

Lac Inle

J’aimerais que vous puissiez visualiser la surface du lac, huileuse et calme ; que vous entendiez les aboiements des chiens qui sillonnent la ville, meute nocturne et désœuvrée ; que vous touchiez les plaques d’argent massif, lourdes et brillantes, montrées dans les villages flottants ; que vous admiriez les pêcheurs traditionnels, jambes et bras tendus sur leur maigre bâton….

C’est tout ça Inle. Et c’est même tout ce que je vais vous raconter maintenant.

Lac Inle

Une arrivée (encore) ratée

Un problème récurrent en Birmanie, dû à son ouverture tardive au tourisme, c’est l’organisation totalement farfelue des transports en bus : s’ils partent à des heures à peu près normales (19h, 20h, parfois 22h), les horaires d’arrivée au point B n’ont absolument aucun sens.
Être déposés sur un parking excentré du centre ville à 3h du matin, ou bien à 4 ou 5h, c’est un non respect total de mon cycle de sommeil en plus d’être pénible logistiquement parlant.
Rien d’ouvert pour se poser en attendant une heure décente, pas de taxis en vue, les guesthouses sont toutes fermées puisque chaque personne normalement constituée ne peut s’imaginer qu’on puisse toquer à la porte d’un hôtel à 3h30 avec un grand sourire accompagné d’un « Hello, check in, please ! ».

Bref, quand le bus nous a déposé une fois de plus à 3h du matin à Nyaung Shwe (le village principal où se trouve le lac Inle), à peine deux heures de sommeil dans les gencives, je peux vous dire que j’étais dans un état de fatigue et d’énervement redoutable.
Évidemment, il a fallu marcher, sacs sur le dos, jusqu’à notre guesthouse (Sweet Inn : très bien, je recommande !), escortés par des dizaines de chiens qui souhaitaient nous témoigner leur compassion.
Et évidemment, la guesthouse était fermée, vous pensez bien. On s’est donc assis dans le hall, sur des sièges en bois, à attendre que le temps passe.
Hé bien croyez-moi, c’est long.

Nyaung Shwe

Nyaung Shwe est une petite ville d’environ 1 300 habitants (j’avais bien précisé petite) située au Nord du lac Inle, nichée à 884 mètres d’altitude.
Bordé de montagnes, immense (120 km2) et peu profond (profondeur maximale : 3,60 m), le lac se trouve dans le pays Shan, une province birmane.
Villages flottant en bois, pêcheurs traditionnels et cultures de légumes sur des jardins flottants au milieu du lac, voici une des particularités de la région d’Inle qui en font une région magnifique et incontournable en Birmanie.

Bon, à part visiter le lac, sachez qu’il n’y a pas grand chose à faire à Nyaung Shwe, l’activité n’y est pas débordante, c’est plutôt tranquille.
Il y a un petit marché à aller voir et un resto très sympa tenu par un français (The French Touch) qui a installé aussi sur ses murs toute une expo de ses magnifiques photographies à couper le souffle, et qui organise des projections gratuites de son documentaire : une histoire romancée sur un Monk Birman.

Boat Trip

C’est avec notre guesthouse, Sweet Inn, que nous avons booké notre tour en bateau d’une journée sur le lac Inle, reconnu en 2015 par l’UNESCO comme réserve de biosphère.

Nous sommes partis le matin sur une sorte de pirogue en bois où nous attendait un couple de Birmans (dont j’ignore le nom, mais la femme nous faisait beaucoup rire parce qu’elle passait son temps à disputer son mari et à lui jeter des regards noirs de chez noirs lorsque le pauvre cognait n’importe quel obstacle avec son bateau), nos pilotes pour la journée :
La femme à l’avant, pour diriger avec sa voix son mari debout à l’arrière, à côté du moteur, bâton de bois à la main pour contrer les obstacles.

Assis sur deux petits sièges en bois munis de coussins, l’un derrière l’autre au milieu de la barque, la disposition me gênait un peu : on se sentirait presque comme des colonialistes bien installés, tandis que nos esclaves, à genoux sur le bois mouillé, ou debout, œuvrent pour nous.
J’aurais grandement préféré être posée auprès d’eux et comme le sont les Birmans dans les barques que l’on croise, sans chichis. Mais c’est une attitude birmane que de toujours vouloir que l’on soit au mieux et on ne peut pas leur reprocher d’être attentionnés.

Lac Inle

Lac Inle

Nous voilà en route à naviguer sur le lac, serpentant parfois dans des canaux étroits, débouchant ensuite sur une immensité d’eau brune et plate.
Les paysages se succèdent, la végétation est très dense (fougères, jacinthes d’eau, lotus, ceratos, roseaux…) et comme on est assis au ras de l’eau, la sensation d’être au milieu du décor est surprenante.

culture confiture

Joailliers et artisans d’argent

Notre premier stop se fait dans un village flottant, où boutiques, ateliers et maisons se succèdent.
Nos pilotes nous arrêtent devant l’entrée d’un atelier d’argenterie et de pierres précieuses où nous assistons à diverses démonstration, comme la taille de la pierre, la fonderie, etc.
Une petite Birmane nous explique dans un anglais plutôt bon le process, de l’extraction de l’argent à la réalisation des bijoux.

La spécialité de la région est un poisson en argent avec un corps articulé grâce à de fines lamelles d’argent. Magnifique.

Lac Inle

Notre guide improvisée nous apprend même à distinguer les vrais objets en argent des faux : il suffit de frotter une partie de l’objet dont on doute de sa composition contre une pierre foncée : si cela laisse des traces argentées sur le caillou, c’est que c’est bien de l’argent.
Au contraire, un objet en métal argenté laissera des traces dorées sur le caillou noir.

culture confiture

Les pierres précieuses de Birmanie

Il faut savoir qu’en Birmanie il y a énormément de pierres précieuses, comme le jade, le rubis et le saphir, venus pour la plupart de la région de Mogok, au Nord du pays.
Ils ont d’ailleurs l’air d’avoir tellement de jade que c’est limite s’ils ne font pas des bancs publics avec.

90 % des rubis du monde viennent de Mogok et la Birmanie est le premier exportateur mondial. Les rubis sont essentiellement vendus à 85 % aux Occidentaux (États-Unis et Union Européenne) tandis que le jade part vers la Chine.

On dit que les conditions de travail dans ces mines sont inchangées depuis des siècles.
En 2007, un boycott international des « rubis de sang » avait même été lancé, pour priver la junte birmane de ces revenus et dont le commerce viole les droits de l’homme.

D’ailleurs, beaucoup de pierres passent illégalement les frontières, après un dangereux périple à travers jungles et montagnes.
Arrivées en Thaïlande, les pierres brutes sont chauffées à l’aide de produits chimiques pour les rendre plus belles et plus parfaites, polies et taillées puis revendues à des exportateurs étrangers qui les revendent ensuite aux bijoutiers du monde entier.

Entre la mine et la bijouterie, les pierres connaissent environ 4 à 6 mains différentes : des rubis vendus une poignée de dollars par les mineurs, commercialisés ensuite quelques centaines ou milliers de dollars dans les bijouteries.

Pour un pays où une famille sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté.

Ce commerce clandestin court-circuite la firme publique Gem Enterprise de la junte militaire au pouvoir qui gère normalement la production et la distribution.

Lorsque nous étions à Yangon, on voyait partout dans les rues des étals complètement de bric et de broc qui vendaient des pierres minuscules, aux couleurs parfois fluos et brillantes comme des strass de chez Swarovski. Il est évident que sur les marchés beaucoup vendent de fausses pierres.

« Il y avait, disaient-ils, dans la Birmanie du Nord, bien au-dessus de Mandalay, parmi les hautes collines recouvertes de jungle, il y avait une vallée qui portait le nom de Mogok. Là-bas, du fond des âges et le long des ruisseaux, dans les entrailles des roches, au flanc des monts, reposaient, enveloppées dans leur robe de minerai brut, les rubis précieux.
Là- et là seulement.
Car, en vérité, à travers le monde immense, sur toute l’étendue de la croûte terrestre, nul n’a jamais trouvé, nul n’a jamais connu- depuis que l’humanité a de la mémoire- un autre lieu pour receler des pierres qui ont à la fois la couleur de la flamme pure et du sang léger.
Tous les rubis dont parlent les textes les plus anciens, le Coran, le Cantique des Cantiques, les annales de la Chine et les sagas des Indes, tous ceux dont se sont parés depuis des temps immémoriaux princes, rois et empereurs, tous ceux qui ont enorgueillis diadèmes, tiares et couronnes, tous ceux que dissimulent encore les trésors des rajahs, tous jusqu’au dernier, jusqu’au plus antique, ils sont venus de Mogok. »
– Joseph Kessel, La vallée des rubis, 1955.

Lac Inle

Ateliers de tissage

Après la visite de l’atelier d’argent où j’ai admiré des bagues en rubis pendant au moins vingt minutes, nous voilà de nouveau en route sur notre pirogue. L’avantage en Birmanie c’est que personne ne vous pousse à acheter.

Cette fois encore on nous arrête sans grande explication devant une maison flottante qui semble être un atelier de tissage.

Lac Inle
Ayant déjà visité ce type d’atelier au Laos, grands tisseurs d’étoffes, nous descendons du bateau sans grande conviction.
Mais OK, soit, allons visiter ça !

Lac Inle

Lac Inle

C’est un véritable ballet qui se déroule sous nos yeux.

De vieilles femmes, agiles et graciles, tissent des étoffes de fibres de lotus, de coton ou de soie avec une étonnante dextérité.
Une toute petite vieille fait même des allers-retours de gauche à droite en tenant des dizaines de fils de couleurs sortis de bobines accrochées sur un grand métier à tisser en bois, qu’elles fait ensuite passer derrière des tiges de bois.

On entend dans tout l’atelier un claquement régulier, celui du bois du métier à tisser qui tape et qui vient rythmer le ballet d’un son sourd et envoutant.

Au loin, derrière une petite porte on aperçoit de la fumée s’échapper d’une grosse marmite. Le repas de midi ? Les colorants des tissus ? Mystère.

Lac Inle

 

Les pêcheurs du lac Inle

Beaucoup de pêcheurs travaillent sur le lac Inle où ils amassent carpes, loches, crevettes et autres poissons dont il m’a été impossible de trouver le nom sur Internet.

Avec leur grande cage, ils retiennent les poissons sous l’eau, puis les harponnent grâce à l’ouverture située au dessus de la cage.

Leur méthode pour pagayer est assez particulière, puisqu’ils utilisent un bâton de bois autour duquel ils enroulent une jambe. Debout à la poupe du bateau, une jambe sur le bateau, la deuxième autour de la godille, ils peuvent ainsi mieux voir au-dessus de la végétation qui recouvrent le lac. Cela leur permet aussi d’avoir les deux mains libres pour pêcher les poissons qu’ils effraient en tapant à la surface de l’eau avec leur bâton.

Lac Inle

Certains pêcheurs s’amusent à poser pour les touristes lorsqu’on les croise. Ils gardent la pose sans bouger pendant de longues minutes, ce qui est assez impressionnant comme numéro d’équilibriste !
Nous avons donné quelques billets pour remercier ce souriant pêcheur en pantalon orange (comme la couleur de ses dents), qui s’est prêté au jeu un long moment.

Les villages flottants

Le marché local est itinérant : il se déplace sur 5 lieux différents pendant 5 jours.

Pour les villages entourant le lac, ils sont au nombre de sept et sont constitués d’habitations sur pilotis de bois et de bambous.
Les habitants travaillent comme pêcheurs, comme primeurs (jardins flottants de tomates, concombres, etc), tisserands, joailliers ou fabricants de cigarettes locales, les fameux cheroots dont je vais vous parler dès maintenant.

Les cheroots

La Birmanie ayant eu ses frontières fermées jusqu’en 2011, a dû réaliser elle-même ses cigarettes, n’ayant pas d’importation de grandes marques américaines par exemple (qu’on trouve actuellement très peu. Idem pour les marques de fringues par exemple).
Les Birmans fabriquent donc leurs propres cigarettes, ou cheroots, sorte de grands et larges cigares coupés aux deux extrémités, parfois aromatisés aux épices.
« Cheroot » vient du français cheroute, venant de churuttu, mot tamoul signifiant « rouleau de tabac ».

Lac Inle

Les cigares sont fabriqués et roulés à la main uniquement par les femmes.
C’est la feuille de Sébestier (moi non plus je ne sais pas ce que c’est) qui est utilisée pour enrouler le tout, et les feuilles de maïs (ça c’est bon, je visualise) pour réaliser le filtre.
L’une trie les feuilles, d’autres les roulent : et que ça découpe la feuille à rouler, et que ça la remplie de tabac, roulant ensuite le cheerot puis fixant la bague en papier. Enfin, le cigare est coupé à la taille réglementaire (entre 9 et 16 cm) grâce à un étalon.

Le tout avec une rapidité incroyable. Comme si elles étaient en pilotage automatique, elles trouvent le temps de me regarder, de me sourire pour les photos et d’échanger quelques mots avec moi.

Pour le reste des ingrédients utilisés dans la fabrication, notamment dans le tabac, honnêtement je ne me souviens plus, et à vrai dire je ne sais même pas s’ils nous avaient expliqués ou pas (ou alors on était bien trop occupés à s’étouffer en les testant).

 

La beauté des paysages

Je termine cet article avec une petite galerie de photos témoignant de la beauté des paysages. Le temps était un peu nuageux, ce qui donne une atmosphère particulière au décor.

Lac Inle

Lac Inle

Lac Inle

Lac Inle

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Lac Inle

Lac Inle

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Pour terminer, pour ceux qui l’auraient loupée, notre vidéo

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